Des centaines de personnes sont passées là avant moi

Apprendre à dessiner ou à peindre en public est une forme d’épreuve. C’est quelque chose qui peut être difficile par timidité, par peur de voir son dessin jugé (et soi par la même occasion), ou tout simplement parce qu’on n’aime pas être perturbé lorsqu’on travaille.

Durant une séance de dessin, de multiples choses s’activent dans mon esprit. Une courbe peut me rappeler celle que j’ai fait quelques mois plus tôt. Parfois je grogne car une lumière a décidé de varier les ombres du volume que j’étudie et je dois faire preuve de mémoire pour trier entre les ombres présentes maintenant et une demi-heure plus tôt. Mais c’est surtout un moment de concentration où pendant une heure ou plus, une forme de relation intime se dessine entre mon modèle et moi. J’apprends la manière dont il fonctionne, son squelette, je repère les formes et les volumes pour m’en resservir plus tard, je le soupèse du regard… Surtout lorsque je dessine au feutre où je n’ai aucune possibilité de gommer – c’est mon exercice favori – je dois faire vraiment faire travailler ma mémoire et surtout choisir l’ombre, le trait, et le volume qui n’apparaîtra pas.

Dessiner au crayon gris gras, avec beaucoup de nuances et de valeur de gris, c’est quelque chose d’intéressant mais qui l’est moins pour moi. Je ne m’intéresse pas vraiment à photographier avec un crayon, à être réaliste. S’il le fallait, j’aurais plutôt préféré être extrêmement réaliste comme l’est Gregory Thielker car c’est ce qui donne de l’intérêt à son travail.

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Temps de croquis : 1 heure
Lieu : Quai de la Tournelle, Paris, Cathédrale Notre-Dame de Paris

Mais ce n’est pas moi, ce n’est pas ma manière de faire. Ce que j’aime, c’est étudier l’espace autour d’objet (au sens large) que je dessine, reconnaître et dessiner le trait parfait dans sa courbure la plus exacte qui pourra me permettre de reconnaître la posture et la masse de mon modèle.

Pour ce faire, je ne dessine pas forcément tout, pas toujours tous les contours. Et je pense que je passe plus de temps à regarder et à chercher plutôt qu’à tracer. Je cherche toujours ce détail dans le trait qui pourra dire à l’oeil « je suis une jambe », « je suis une arche », « je suis un oeil ».

Car après tout, ce ne sont que des traits, quelques µL d’encre sur une feuille, quelques µg de carbone sur morceau de papier.

Temps de croquis : 1 heure Lieu : Cour Marly, Musée du Louvre, "La Marne"
Temps de croquis : 1 heure
Lieu : Cour Marly, Musée du Louvre, « La Marne »

Et lorsque je sais que des centaines de personnes sont passés devant même modèle avant moi, ce détail est encore plus important à mes yeux. Tous ont étudié la forme, l’espace, certains ont même mesuré et tracé des traits de construction à n’en plus finir pour avoir une reproduction juste de l’image qu’ils ont devant les yeux.

Alors j’ose imaginer que mon trait, c’est le mien, parce que j’ai passé du temps,des dizaines de minutes pour ce simple tracé de quelques centimètres. Un peu arrogant, n’est-ce pas ?

J'ai créé ce blog en 2009 pour parler de mes découvertes et de tout ce qui m'émerveillait au quotidien. Aujourd'hui je cherche à partager mes sources d'inspiration, ainsi que mon retour d'expériences dans ma vie d'entrepreneur freelance.

4 commentaires

  1. Une heure sur le même truc, ce n’est pas possible pour moi, je n’ai pas cette patience.
    Et puis dessiner en public ce n’est même pas la peine d’y penser, déjà qu’en cours j’avais du mal à me lâcher, alors en public…
    En tout cas, joli coup de crayon !

  2. @Mnêmosunê : Merci :-)
    Mais ça vient ! Au bout d’un moment, on est concentré et on se fiche bien de ce qui se passe autour. Et puis le temps est une notion élastique.
    ;-)

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