Le croquis peut changer votre perception du monde

Installer une routine de croquis, ou de dessin régulier, est très difficile. Bien que j’essaie de demeurer régulière sur la question, je traverse de temps en temps des périodes de vide. Pourtant je ne pense pas qu’elles soient négatives, elles ne sont que le reflet d’une humeur du moment. De la même manière qu’une période de grosse productivité traduit un moment où on est très inspirés, les périodes de creux veulent aussi dire qu’on était occupé à autre chose. Étant donné que ma pratique du dessin s’approche quasiment du journal visuel, je trouve cela plutôt logique et ne culpabilise pas du tout de ne pas beaucoup dessiner pendant quelques semaines.

Den Blå Planet. Copenhague, Mai 2014.

Mais s’il y a bien quelque chose que j’aime particulièrement faire, c’est parcourir les dessins précédents. En feuilletant les pages de mes carnets, j’ai ainsi le sentiment de remonter dans le temps. Chaque image me permet de retrouver mon humeur du moment et je me vois saisir mon stylo, choisir le point de vue, puis fermer mon carnet. Ce sont des gestes simples mais retrouver mon dessin me donne le sentiment que ce sont pourtant des gestes uniques malgré leurs répétitions.
J’étais là, à cet endroit, à ce moment précis, à cette heure de la journée. Une femme est passée devant moi à cet instant et j’ai hésité à la dessiner elle aussi. Puis mon modèle à bouger, ah pourquoi bouge-t-il autant !
Quelle est cette tache ? Ah je me rappelle, c’est la bouteille de bière qui a explosé dans la valise et qui s’est déversé sur mon carnet. Bon les croquis n’ont pas si mal vécu l’aventure, c’est un souvenir de plus !

Den Blå Planet, et la petite sirène. Copenhague, Mai 2014

J’ai lu dans le livre L’art du croquis urbain des témoignages de ces urban sketchers ou croqueurs de rues que le dessin permettait de se sentir plus proche des choses. En effet le dessin prend plus de temps qu’une photographie et force le dessinateur à prendre le temps d’observer son modèle.
Je pense que c’est plus que cela. Pour moi, ce n’est pas de la simple étude de modèle vivant pour remplir des carnets, même s’il y a un peu de cela pour garder un coup de crayon entraîné.
Cependant l’essentiel de la pratique de dessin au quotidien, me concernant, est dans le fait que j’arrive ainsi à me souvenir de manière beaucoup plus sensible des choses. Certes je me rappelle la manière dont ce bâtiment était fait et les détails que j’ai peiné à reproduire, ou ceux que j’ai décidé de mettre de côté. Mais mon souvenir de la situation va beaucoup plus loin. Je me rappelle ainsi le touché du bois de ce comptoir contre lequel j’étais appuyée, l’odeur de cannelle venant de la table voisin, et le vélo vert attendant sous la pluie.

Ny Carlsberg Glyptotek, Mai 2014
Le Strøget et Den Blå Planet. Copenhague, Mai 2014

Un article du Philosophers’ Mail titrait « Why you should stop taking pictures on your phone – and learn to draw » soit « pourquoi vous devriez arrêter de prendre des photographies avec votre téléphone, et apprendre à dessiner ».
Cet titre était très parlant pour moi, mais j’ai surtout été intéressée par cette présentation du dessin tel qu’il l’était autrefois. Aujourd’hui, tenir un carnet de croquis semble être une activité pour artiste ou pour personne aimant dépenser son argent dans une boutique de matériels beaux arts. Pourtant au XIXe siècle on dessinait beaucoup plus facilement. Le dessin était une réelle forme de prise de note au même titre que de noter des informations sur Keep avec son téléphone Android. J’ai l’impression que je suis plutôt dans cette logique du « oh j’aime bien ce truc, je vais le dessiner », plutôt que dans le « je vais faire une œuvre d’art ».

C’est ainsi que je suis le plus à l’aise pour pratiquer le dessin, pour continuer de le faire sans pression, et pour savourer chaque feuille devenu plus que des souvenirs mais de véritables expériences.

 

Dans le château de Rosenborg, Copenhague, Mai 2014
Dans le château de Rosenborg, vie de château et joyaux de la couronne. Copenhague, Mai 2014
Objets exposés au National Museet, Musée National du Danemark, Copenhague, Mai 2014
Højbro Plads, Copenhague, Mai 2014

J'ai créé ce blog en 2009 pour parler de mes découvertes et de tout ce qui m'émerveillait au quotidien. Aujourd'hui je cherche à partager mes sources d'inspiration, ainsi que mon retour d'expériences dans ma vie d'entrepreneur freelance.

6 commentaires

  1. Ils sont super tes croquis ! Pour ce qui est de l’article, je suis tout à fait d’accord.

  2. Très bon article qui je pense résume bien la philosophie du croquis urbain.
    Peut être que cet article va réussir a m’imposer la routine de l’ exercice quotidien…..

  3. Très joli billet! J’aimerais savoir dessiner car, tu as raison, contrairement à l’appareil photo qui nous coupe de l’instant, le dessin nous permet de profiter de celui-ci et d’en jouir dans les moindres détails.

  4. La difficulté du croquis réside principalement dans les débuts : apprendre à dessiner sur le tas, à comprendre ce qui fonctionne pour soi (certains sont stylos, d’autres crayons, d’autres encore peinture), prendre cette confiance en soi pour se lancer et pour continuer n’est pas forcément évidente.
    De mon côté, je ne pratique pas le croquis sur site (ou rarement), mais parfois je réalise des croquis d’après photo. Et puis tout simplement, je dessine, au moins une page par jour. Des fois ça me plait, des fois moins, mais l’important c’est de pratiquer.
    Bientôt j’espère arriver à sortir de ma zone de confort et à faire des croquis sur site… A suivre !
    En tout cas les tiens donnent envie de s’y mettre !

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