Ce n’est parce qu’on fait bien quelque chose, qu’on l’apprécie. Ce n’est pas parce qu’on fait bien quelque chose sans le commenter, que c’est facile.

J’ai le sentiment d’avoir eu peu le loisir d’être seule avec moi-même ces dernières semaines. Je prends un moment de ce dimanche soir pour écrire ici. Comme dans l’espoir de retrouver un refuge dans lequel je m’abrite depuis 13 ans. J’ai rencontré des personnes dans ma vie professionnelle qui m’ont surprise en mentionnant ce blog. Bien qu’il ne soit ni caché ni tu, j’en oublie parfois l’existence. Il remplit pourtant parfaitement son rôle de web log. Il est depuis plus d’une décennie le journal de ma vie, de mon évolution. Il est évident que je n’étais pas la même personne qu’aujourd’hui, il y a 13 ans. Rendons-nous compte que j’en à présent 32. J’ai donc commencé à écrire ici à 19 ans. Je n’étais plus chez mes parents depuis quelques temps, une année tout juste. Alors ici est aussi le journal de construction de ce que je suis maintenant.

Ici j’ai pensé, j’ai réfléchi, j’ai vu, j’ai voyagé, j’ai écouté, j’ai lu. Je dois sans doute une partie de ma vie sociale, de mes passions et de ma carrière à ce blog. C’est une longue évolution, je ne sais pas si c’est parce que j’ai passé la trentaine ou parce que mon travail me demande de prendre la parole régulièrement, mais j’ai remarqué que j’avais un réel problème pour parler de moi. Je n’ai pas de problème à parler du présent, des projets, mais la rétrospective m’est compliquée. Regarder dans le rétroviseur ? Je ne comprends pas bien cette expression. Signifie-t-elle que l’on regarde le passé pendant que l’on avance ? Ou bien veut-elle dire que l’on regarde en arrière plutôt que de regarder devant ?

Je me sens chanceuse et reconnaissante à chaque fois que l’on commente mon parcours. Cela me fait plaisir que l’on apprécie une réalisation où un projet pour lequel j’ai travaillé. Cependant, je ne parviens pas à saisir la notion de fierté. Plusieurs fois, ces derniers mois, je suis interpellée sur l’idée de la fierté. Tu dois être fière, tu peux être fière, tu devrais être fière. Souvent, je ne dis rien. Non pas par fausse modestie, je sais bien ce que je fais. Mais je ne comprends pas bien ce qu’il est censé se passer en moi derrière l’idée de la fierté.

Il m’a été révélé l’une de mes plus grandes qualités, et sans doute un de mes plus embêtants handicaps pour ma vie sociale. J’ai en effet une très forte capacité de dissociation entre le personnel et le professionnel. Bien que dans la vie, l’on pourrait croire que les deux se mélangent, c’est sans doute vrai, en moi-même, je fais bien la différence. J’essaie de m’appliquer autant que je le peux. Et quand la barrière entre pro et perso devient perméable, c’est souvent qu’il y a un problème d’un côté ou d’un autre. C’est au moment où ce la déborde que je deviens anxieuse. Heureusement, j’essaie de faire en sorte que cela soit relativement rare. Mais toute seule, c’est facile. Cependant il est évident que je ne peux pas contrôler le point de vue des autres et leur façon de voir leurs propres vies. Cette imperméabilité entre pro et perso, ou le pro sans vraiment de sentiments, j’ai compris que je ne pouvais pas l’imposer aux autres. Pourtant, je ressens aussi le besoin que l’on comprenne mon point de vue au minimum pour ne pas m’imposer des sentiments là où je ne les trouve pas pertinents pour l’avancement des projets. Je suis particulièrement frustrée par les consignes qui ne sont pas concrètes ou rationnelles. C’est ainsi.
Je remarque aussi que cela crée ce phénomène bien étrange pour autrui : je ne suis jamais fière. J’ai été fière une fois. J’en ai pleuré d’émotion (un peu). Contente oui, heureuse oui, mais la fierté, je pense ne l’avoir senti qu’une seule fois et je ne sais pas si je réussirais de nouveau. Car je ne comprends pas en quoi ce qui est fait et/ou réussi ait un quelconque lien entre ce que je suis moi. On peut avoir peut-être des facilités dans un domaine, mais sans rien en faire, on ne fait rien. En conséquence une quelconque réussite n’est pour moi que la simple et logique conséquence de faits qui se sont enchaînés. C’est un raisonnement probablement un peu robotique pour certains. Pourtant c’est ainsi que je vois les choses le plus souvent, et je ne vois pas en quoi cela pourrait être problématique.

À l’inverse, cela me met honnêtement très mal à l’aise lorsque l’on me parle de fierté. Nous faisons tous les jours beaucoup de choses, sans pour autant avoir besoin d’être fier. Je me rappelle ce conseil de noter des gratitudes quotidiennes. Très bien, je veux bien noter des facteurs externes qui ont fait de ma journée un moment plus agréable. Mais ce que je fais, est-ce bien intéressant ? De la même manière, j’ai immensément de mal avec la notion de passion dans le travail. Que ce soit écrit, je ne suis pas du tout passionné par mon travail. J’y trouve même un assez vague intérêt. Faire du webmarketing, du SEO, honnêtement, je n’en ai rien à cirer. Ce n’est pas ça que j’apprécie, ce sont les procédés. C’est m’intéresser à comment cela fonctionne et comment ces informations se ficellent de secondes en secondes pour créer une nouvelle forme de connaissance. Imaginez tous ces gens qui sans cesse publient et conversent pour discuter et faire avancer des pensées ? De la même manière, cela a aussi des effets pervers comme la diffusion de messages sanitaires dangereux. Mais voilà ce qui m’intéressent vraiment. Comment ces mots, ces sons, ces images fixes ou animées dialoguent en continu et créent quelque chose de nouveau. Si je m’en sers comme outil pour obtenir une rémunération et pourquoi pas rendre service, tant mieux.
C’est pourquoi, lorsque je suis interviewée ou questionnée dans une quelconque rencontre professionnelle, si je ne dis rien lorsque l’on m’interpelle sur la notion de passion pour mon travail, dîtes-vous que j’essaie simplement d’être très polie. Je vous remercie et je suis sincèrement reconnaissante de ça, que les projets que je peux commencer ou mener intéressent d’autres personnes. Mais vous ne me verrez jamais dire que je suis passionnée par le SEO. Ce serait un mensonge. Un mensonge très grossier.


J’ai participé à la rédaction du livre Contenu Web, parole d’experts édité par Babbar.tech, vous pouvez le commander gratuitement par ici.

J'ai créé ce blog en 2009 pour parler de mes découvertes et de tout ce qui m'émerveillait au quotidien. Aujourd'hui je cherche à partager mes sources d'inspiration, ainsi que mon retour d'expériences dans ma vie d'entrepreneur freelance.