Une croute de carré blanc sur fond blanc

J’ai toujours été attirée par la peinture, et je n’ai pas aucune idée de pourquoi. Sans doute étais-je jeune intéressée par les images et que j’ai nourri la chose grâce à de longs feuilletages d’albums à la bibliothèque de l’école. La sculpture, pas trop mon truc, à part les œuvres de l’art cinétique que je trouve géniale dans leur gestion du rapport à l’espace.

Mais le tableau, la peinture, la croute quoi… qu’est-ce que c’est ?

Une forme d’art consacrée

La peinture, ah la grande peinture, quand on évoque cette idée quelles sont les œuvres qui vous viennent tout de suite en tête ? On pense alors facilement aux peintres célèbres qui ont fait la gloire de la culture française et francophone : Monet, Van Gogh (Hollandais mais a quand même longtemps vécu en France), Picasso, Manet…

Le film Thomas Crown (remake de 1999) dont le sujet, hors les belles courbes de Renée Russo et le torse velu de Pierce Brosnan, a pour sujet central le tableau d’un tableau de Monet. Pour un film hollywoodien, on ne pouvait que choisir un peintre emblématique que tout le monde connaît. Dans Le coursier, monument cinématographique français avec Michael Youn, la star est Rembrandt.

Tableau de Paul Cézanne, Montagne Sainte-Victoire (1904), huile sur toile, 70 x 92 cm, Philadelphia Museum of Art, Philadelphie
Tableau de Paul Cézanne, Montagne Sainte-Victoire (1904), huile sur toile, 70 x 92 cm, Philadelphia Museum of Art, Philadelphie

Mais comme une chanteuse de variété française passant derrière Alicia Keys dans un concert, être un peintre contemporain doit être terriblement difficile. Passer derrière tant d’innovations, de créations, et de bouleversements dans les représentations figuratives ou abstraites, comment faire valoir son travail ? Je ne doute pas que les galeristes font alors très bien leur boulot. On voit effectivement des peintures dans les galeries d’art du Marais, et aussi lors de la Fiac. Même si, phénomène intéressant, il y a aussi à la Fiac quelques opportunités d’acheter des tableaux de Basquiat… plutôt art moderne que art contemporain. Rappelons que Jean-Michel Basquiat est décédé en 1988. Je n’étais même pas née ! On peut donc faire mieux dans le genre contemporain.

Carré blanc sur fond blanc

J’ai l’impression que dans la mémoire collective, on a élevé la peinture française du XIXe siècle comme représentant la peinture elle-même. C’est le musée d’Orsay qui doit être content !
On admet qu’on puisse représenter quelque chose d’une manière différente assez facilement. La photographie étant passée par là, je remarque un grand nombre de productions contemporaines extrêmement réalistes, plus que réalistes même. Moi qui suis une fervente défenseuse du trait spontanée, ce n’est pas forcément une forme de peinture qui m’intéresse bien que je trouve cela très esthétique.

Et il y a le reste. L’art moderne qu’on n’aime pas, l’art contemporain qu’on ne comprend pas. Une grande partie du monde voit l’art contemporain comme un cercle fermé qui brasse du fric comme on déblaie la neige dans la cour. Non seulement on ne comprend pas grand chose, mais en plus il faut avoir la culture et la stature correspondant à la production du moment pour accéder à une interprétation. Pas de médiation culturelle, puisqu’on est ici dans un contexte mercantile, logique. Des artistes comme Jeff Koons ont d’ailleurs permis de nourrir cette réputation un peu consanguine et très financier de l’art contemporain.

Alors lorsque je me promène dans les galeries, et que je regarde les peintures, je me pose tout un tas de questions. Images héritières, mais héritières de quoi. Que se passe-t-il sur cette croute, comme dirait Marc dans la pièce de théâtre Art de Yasmina Reza. Je me demande aussi comment perçoivent les personnes autour de moi le tableau. Sont-ils là pour apprécier sa valeur décorative, vantée par les chaines d’impression d’image contemporaines comme Galerie Sakura ou YellowKorner ? Ou bien, contrairement à moi, ont-ils bénéficié d’une explication, de la culture nécessaire pour apprécier l’œuvre plus loin que son aspect esthétique ? On dit que l’art permet d’éveiller des sentiments, mais quels sentiments lorsqu’on n’a pas accès aux matériaux pour apprécier une œuvre ?

Et vous, quel est votre sentiment lorsque vous rencontrez des œuvres contemporaines ?

 

J'ai créé ce blog en 2009 pour parler de mes découvertes et de tout ce qui m'émerveillait au quotidien. Aujourd'hui je cherche à partager mes sources d'inspiration, ainsi que mon retour d'expériences dans ma vie d'entrepreneur freelance.

2 commentaires

  1. Tiens, ça fait 2 billets de toi sur lesquels j’ai très envie de commenter. (Tu risques de me retrouver sur ton article précédent aussi, juste le temps de trouver le temps de mettre mes idées en place!)
    Bon, j’ai bénéficié de quelques cours d’histoire de l’art pendant ma formation, ce qui fait que d’une certaine façon, je suis sensée faire partie de cette pseudo-élite qui possède quelques clés pour comprendre l’art contemporain…
    Néanmoins, parfois je reste tout de même assez perplexe dans ma première approche. Je me souviendrais toujours d’une exposition au palais de Tokyo qui faisait la part belle à une sculpture en nouilles de riz représentant un champignon atomique. Il y a forcément un moment où tu te pose la question de ce que tu fais là à regarder ce truc. Après, l’approche raisonnée et documentée reprend le dessus et tu finis par comprendre ce que le mec à voulu dire/faire, mais ma première approche est tout de même souvent « qu’est ce que je fiche là, je ferais mieux de retourner faire du tricot moi! »
    Par contre, ce que je remarque, c’est que souvent, lorsque je traine des amis/amoureux/de la famille a des expos d’art contemporain, je suis très agréablement surprise de la finesse et de la justesse de leur réactions quasiment instinctives face à des oeuvres que je pensais un peu hermétiques.
    C’est d’ailleurs en ça que je trouve Jeff Koons brillant. Ses oeuvres parlent à tout le monde, chacun peut réagir devant son travail : historiens de l’art, graphistes, gamins qu’on a trainé de force à Beaubourg, fans de dessins animés… tout le monde y trouve son compte et aura quelque chose à raconter de sa visite à l’exposition.

    J’ose d’ailleurs espérer que c’est ça qui, dans la postérité, fera qu’on se souvienne des artistes qui ont une réelle démarche artistique et non pas des boursicoteurs de l’art : avoir un impact sur tous et non pas seulement sur ceux qui sont instruits.

  2. Concernant l’art contemporain, a lieu en ce moment la biennale d’art de Shanghai. J’y suis déjà allée y faire un tour, et j’y retournerai probablement. Mais j’avoue avoir un peu de mal quand j’ai besoin de passer plus de temps devant l’explication de l’oeuvre que l’oeuvre elle-même afin de comprendre ce qu’à voulu exprimer l’artiste.

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