Je me fais de l’argent sur ta tête, et avec tes photos.

fantomasCette semaine, il y a eu la vraie fausse annonce de la ventes des photographies des utilisateurs produites avec et chez Instagr.am. J’ai regardé silencieusement tous ces tweets insurgés et ces captures d’écran de réglement dans Facebook (mortdelol) pour mettre en garde la population. J’ai alors cru que nous étions face au premier signe de fin du monde maya… Puis j’ai réalisé qu’il y avait ce terrible tabou entre la gratuité – quand elle nous arrange – et le payant. Gagner de l’argent est scandaleux, chercher à en gagner est pire encore.

Soupir fatigué, et le cas Marine Le Pen (oui j’ose)

La pseudo annonce de Instagr.am ne m’avait fait ni chaud ni froid, et à vrai dire c’est avec un regard quelque peu fatigué que j’ai lu les commentaires outrés de la population digitale. Il faut tout de même admettre qu’il s’agit d’une entreprise appartenant à Facebook. Mais j’en parlerai plus dans le dernier paragraphe… où je me défoule un peu plus au lieu de jouer aux intellectuelles.

Je reprends en titre l’expression de la charmante Marine Le Pen. La semaine dernière, Madame Le Pen refusait de se faire photographier par l’AFP, son argument principal étant le fait que ces photographies revendues avec son image ont un objectif purement commercial et non pas un objectif de diffusion de l’information. C’est pourtant, techniquement, la première activité de l’Agence France Presse.
La présidente du Front National développe :

Je considère que ces gens font de l’argent sur notre image, puisqu’ils vendent les photos qu’ils prennent.

Ah bon c’est la liberté de faire de l’argent avec notre image ? Eh bien ma liberté c’est de leur dire non. Pour des raisons trop longues à expliquer.

Ce n’est pas la liberté de la presse, c’est une entreprise commerciale. Vous faites de l’argent bien souvent avant de faire de l’information, c’est en tout cas le cas de ce photographe qui prend un malin plaisir à déformer des photos, ce qui ne me parait pas très professionnel, pour pouvoir les vendre. Donc j’ai dit stop.

Lorsque j’étais tombée sur cet article relatant la rebellion contre l’image publique quand on est un personnage public, j’avais doucement rit de cette vision arriérée de la gestion de sa propre image de personnalité politique.

Les malins répondront qu’elle joue sur le droit sur l’image. Même si c’est plutôt déconseillée de refuser d’être pris en photographie par une agence de presse lorsqu’on est au front de l’actualité toute l’année, Marine Le Pen a tout à fait le droit de ne pas vouloir être photographiée. En effet, toutes les conditions sont réunies. À partir du moment où le photographe ne se cache pas, ni lui ni son appareil, et qu’on lui dit directement qu’il ne peut pas tirer le portrait d’une personne… la photographie est considérée comme étant volée.
Par contre si on pointe sur vous un objectif photographique et que vous n’émettez aucune réticence, vous avez tacitement cédé le droit d’exploitation de l’image de votre propre personne.

Mais ça, c’est pour la presse.

L’imaginaire collectif de la propriété de l’image

En dehors de toute considération juridique, je ressens l’intervention de Marine Le Pen sur l’exploitation de sa propre image comme une piqûre de rappel. En effet, ce n’est absolument pas rare de voir défiler des revendications de propriété ou des retraits d’images. Ceci est autant valable sur la toile que sur les supports papiers.

Dans l’imaginaire collectif, une photographie t’appartient de près ou de loin dans différents cas :

  • j’en suis l’auteur,
  • je suis présent dessus,
  • le sujet photographié est bien qui m’appartient.

C’est ainsi qu’est né le très célèbre effet Streisand du nom de la chanteuse qui refusa qu’on diffuse des clichés de son domicile. Il y a l’autre cas célèbre de je ne sais plus quel grand photographe – Willy Ronis peut-être – qui photographia la devanture d’un fleuriste. La photographie a été publiée, diffusée… et un jour le fleuriste sous conseil de son ami avocat a porté plainte pour exploitation abusive du clichés. Le problème était surtout que la photographie avant entre temps généré beaucoup d’argent. Mince alors !

L’exode pour la gratuité

Pourquoi est-ce si choquant que cela de payer ? Mais qui vous a mis dans la tête que le service payant était une invention du Grand-Méchant-Loup ?

Bordel (oh la vulgaire), Instagr.am a été racheté par Facebook. Or Facebook, c’est le service où vous vous amusez tous les 2 mois à cocher de nouvelles conditions de refus de tout pour ne pas qu’on utilise ce que vous y mettez, sans jamais vous désinscrire.
À l’heure actuelle, la seule personne à avoir réussi à réellement retirer quelque chose d’Internet s’appelait F.B.I. et s’était personnellement chargé de MegaUpload.

Dès que vous mettez quelque chose sur Internet dans un espace de stockage ne vous appartenant pas, vous laissez sa gestion à quelqu’un d’autre. Alors même si vous avez signé et coché tout un tas de trucs disant le contraire, je vous souhaite bon courage.

À chaque fois qu’un service en ligne gratuit fait une annonce de passage au payant, c’est le scandale du siècle. Parfois seul le fait d’afficher un bandeau publicitaire relève de l’affront et de l’irrespect envers l’internaute. Tout d’un coup, un site ou un service devient sale et pourri jusqu’à la moelle comme s’il avait d’un coup dévoilé son vrai visage.
Non, le service payant n’est pas diabolique tel Fantomas, et le gratuit ne va pas vous sauver telle Fantomette.
C’est comme le principe de dire qu’on est pris en otage par les transports en commun, alors que le bus est arrêté à un feu rouge.

C’est ainsi qu’on assiste à des vagues de migration de service en service. On adore un produit, on le squatte jusqu’au fond de l’oesophage, et en ténia lassé on finit par aller voir ailleurs lorsqu’il s’agit de payer un loyer.

Le cas des photographies de l’Elysée et le libre de droit en France

Autre scandale du moment, c’est le refus de mettre sous licence libre des photos prises pour le site Internet de l’Elysée, sous la pression. Alors ça râle, et ça veut lancer la révolution du libre de droit. Mais mon petit, le libre de droit pour les images fixes n’existe pas dans le droit français. Tu peux en conséquence aller te brosser !
En revanche faire céder les photos au domaine public, parce que, ce sont les photos de l’Elysée aurait été une bonne idée. Et ça, il fallait y penser avant. :D

Depuis que la notion de licence libre fait parler d’elle sans évoquer dans l’esprit de la population une bande de geeks poilus, c’est la solution à tout. Mais toutes les personnes qui connaissent le logiciel libre te le diront sans aucune hésitation : libre ne veut pas dire gratuit. C’est d’ailleurs ainsi que les sociétés spécialisées dans le libre se rémunèrent, ils gagnent de l’argent par le service !

Cette belle ironie bien hypocrite

La photographie est une technologie, officiellement mise au point par la France, et ouverte au monde comme s’il s’agissait d’un don. On laissait au monde entier (sauf à l’Angleterre car ils inventaient en même temps le calotype), au XIXe siècle, développer comme il le voulait la photographie sur le principe de fixer une image sur un support. Chacun faisait ensuite ce qu’il voulait, et c’est grâce à cela que se sont développés des clubs, des studios, et des grandes marques qui ont amélioré au fur et à mesure des années le procédé.

Quelque part, la photographie est par essence open source. Voici un article sur ce sujet si vous êtes intéressés.

Alors je ricane doucement dans mon coin, derrière mon écran et en me frottant les mains, parce que finalement on tourne en rond depuis deux siècles.

J'ai créé ce blog en 2009 pour parler de mes découvertes et de tout ce qui m'émerveillait au quotidien. Aujourd'hui je cherche à partager mes sources d'inspiration, ainsi que mon retour d'expériences dans ma vie d'entrepreneur freelance.

9 commentaires

  1. Meh, la France, culture qui viens d’une éducation catholique, avoir des biens c’est honteux , toussa.

    Honnêtement c’est parfaitement crétin, si tout ceux qui se sont rebeller contre Instagram lisait les CGU des autres services qu’ils utilisent.. Cf : Facebook.

  2. De temps en temps on préférerait payer directement pour un service propre plutôt que de laisser un service « gratuit » faire ce qu’il lui plaît de nos petites photos. Malheureusement le service « social » ne fonctionne que par effet de masse, et donc par l’apparente gratuitée de son utilisation.

  3. Cyprien résume pas mal les pensées qui circulent dans ma petite tête. Ce n’est par parce que c’est gratuit qu’on a le droit de faire ce qu’on veut de nos données, de nos créations et cie. Ceci dit, ne tiens qu’à nous à s’armer, faire attention à ce qui est divulguer ou taper des Watermarks et cie concernant les photographies.
    On le voit avec des modèles tels que Flickr ou 500px (et d’autres bien sûr) qui proposent un service gratuit pour les utilisateurs occasionnels et payant pour ceux qui désirent pousser un peu plus. Des modèles qui ont prouvé leur efficacité et surtout, on est sûr que nos droits à la création ne sont pas bafoués sur de tels services. Enfin, cela changera peut-être avec le temps qui sait.
    Et perso, j’aimerais pouvoir me passer de Facebook, mais on se rend compte qu’on est vite oublié si on utilise plus un service social dans le genre. :D

  4. Juste pour rajouter un peu plus sur Instagr.am, pour moi, le minimum serait de donner une commission aux auteurs. Je pense que c’est la moindre des choses. Loin de moi l’idée d’être naïf dans ce monde capitaliste bien sûr :D

  5. C’est pas évident, mais je trouve que ça en vaut la peine. Ca montrerait que non seulement ils sont soucieux de leurs utilisateurs, aujourd’hui on sait que ça a beaucoup d’importance. Et ça leur donnerait une meilleure image. :P
    Du win/win

  6. J’ai appris plein de trucs, merci pour cet article :)
    J’aime beaucoup la métaphore du taenia et de l’oesophage, ça m’a fait marrer (et ça m’a aidé à comprendre) ^^

  7. gratuit/payant, libre d’acces/droit d’auteur, addiction/necessité… vieux débat entre liberté individuelle et esprit civique, réussite et épanouissement… ;)).
    Le succès de ces sociétés là reposent au fond sur un fond commun, nos données privées et prof.. C’est comme quand tu prêtes un truc à quelqu’un, t’as pas envie qu’il se l’approprie ou le prête à tout le monde sans ton accord, ou te le rende en charpie… Qu’elles trouvent un moyen de faire de l’argent, ok of course mais qu’elles passent en force ou nous balladent sur des aspects sensibles comme les données perso, non : maladresse ? euh elles sont mieux conseillées que nous derrière notre clavier… cynisme (« on pourra toujours reculer ») ? bien possible… Mais tu as raison nous avons voulu le partage, le gratuit… pas de fumée sans feu ! ;) Va falloir se décider à surveiller le feu nous même ou bien à s’en passer…. possible ?? hem hem… je crois pas au père noël ;)))

  8. @Pat : tu as lu les conditions d’utilisations de Flickr ? Voilà le lien : http://info.yahoo.com/legal/fr/yahoo/tos.html et regarde le paragraphe : « 8. LICENCE SUR LE CONTENU STOCKÉ SUR YAHOO! »… je ne trouve pas ça beaucoup mieux que ce que voulait faire Instagr.am :-/
    Et il y a le même genre de clause sur de nombreux autres sites (Youtube par exemple). D’ailleurs, si Instagr.am avait eu cette clause dès leur lancement, elle serait sans doute passée inaperçue.

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