Serait-ce la fin du code ?

En ouvrant ma boîte mail, je tombe sur cette lettre d’information d’ADOBE :

Vous ne rêvez pas, on nous propose un outil qui permet de créer des sites Web hautement intéractif SANS PROGRAMMATION. « Fantastique ! » vont se dire toutes les personnes à qui le code fait peur. Personnellement, je dispose des bases qui me permettent de m’en sortir assez bien pour administrer un blog, mais je ne suis nullement développeuse.

Malgré cela, je reste très perplexe, cela me fait un peu peur un outil leader qui encourage le monde entier à ne plus toucher à du code.

WYSIWYG ?

Le mot barbare juste au dessus désigne l’expression what you see is what you get. Il s’agit d’un terme qu’on utilise pour parler des logiciels de mise en forme où ce que vous faîtes, sera ce que vous obtenez. C’est le cas de WordPress par exemple ou de tous les logiciels de bureautique de la suite Office ou OpenOffice.org.

Dans le sens inverse, LaTeX n’est pas du tout WYSIWYG puisqu’il s’agit de travailler un texte en posant des balises et en laissant un programme compiler tout seul la future mise en page.

Je reconnais que le WYSIWYG est très pratique. Il permet de relativiser un peu la conception de sites pour permettre à un plus grand nombre encore de se lancer dans la grande aventure du Web. Mais je ne comprends pas cette tendance à vouloir totalement éliminer la programmation.

Qu’est-ce qui fait tellement peur ? Parce que tous les films qui parlent d’informatique donnent l’impression que c’est compliqué, obscur et que seuls quelques intellos peuvent comprendre ? Parce qu’il y a plein de caractères bizarres ? Hm… Ou parce qu’on n’a jamais expliqué à certaines personnes à quoi servait le code.

Oui, ça sert à quoi le code ?

Le code d’une page Web, c’est ce qui la définit. Les petits fichiers qui se balladent sur internet ne contiennent que du code qui racontent « ici c’est un texte qui doit se placer à gauche, et l’image qui va avec se trouve dans tel dossier, il faut l’afficher à droite du texte avec un lien vers le site bidule ».

Le navigateur Web de l’utilisateur ne fait qu’interpréter ces informations.

C’est pour cela qu’il y a la fameuse histoire des sites Internet qui fonctionnent bien avec un certain navigateur et pas avec d’autres. Les navigateurs sont différents et interprètent donc différemment les codes. C’est pourquoi W3C (World Wide Web Consortium) a mis en place des normes, des standards, qui permettent tout de même une unité de rendu et une lisibilité par tous les utilisateurs.

Cela m’amène à vous exposer la raison pour laquelle je suis très perplexe face aux outils qui nous épargnent de toucher au code.

Un jour, j’ai eu une formation Dreamweaver. Pourquoi pas ? J’avais déjà de bonnes bases en Web, mais je me disais qu’une petite formation de plus sur un outil que je ne connaissais pas me serait utile. C’est tout bien de savoir ce qui se fait autour, même si on ne l’utilise pas. Et donc, bonne élève, curieuse et pensant bien faire, j’utilise le mode qui nous permet de faire du WYSIWYG tout en voyant le code produit par le logiciel. Je me suis faite engueulée pour ça, on m’a dit « regardez pas le code, c’est trop compliqué et ça va vous embrouiller ».

Bravo la confiance accordée aux étudiants…

Grande rebelle, je continue sur ma lancée et commence à taper des choses au hasard dans le mode dit « création » et j’observe le code qui est produit. À un moment, je copie le mauvais texte et décide de le supprimer, toujours dans le mode création.

Horreur, je découvre sur Dreamweaver a enlevé mon texte uniquement, mais pas les balises autour qui servent à définir un paragraphe (la balise <P>). Le résultat est l’affichage d’un espace de paragraphe vide dans le navigateur. C’est comme ça qu’on a de grands sauts à la ligne sans comprendre comment. [N.B : les nouvelles versions de Dreamweaver ont corrigé cette erreur.]

Jouant les idiotes, je demande à ma formatrice de m’éclairer dans l’apparition non voulue de cet espace lorsque j’ai effacé mon texte et remis un autre. Cette dernière me dit : « bravo ! il va falloir aller dans le code, ça va être embêtant ».

Et tous mes camarades de classe à qui on n’a pas pris la peine d’expliquer comment fonctionnait une page Web (ce que j’ai raconté plus haut), trouvaient ça très bizarre et ont été incapables de réparer les petites erreurs qu’ils pouvaient faire.

Je souligne que ce n’est pas la faute de Dreamweaver, c’est un logiciel, il fait ce qu’on lui dit. Ici j’ai supprimé un texte, il a supprimé le texte.

Petite conclusion

Mettre en place des outils WYSIWG qui épargnent des bouts de programmation, pourquoi pas. C’est même très bien. Néanmoins à toutes les personnes qui se lancent dans la création d’un site Web ou d’un blog, il est indispensable d’au moins savoir comment cela fonctionne. Je ne demande pas à tout le monde d’être un pro de l’intégration et du développement Web ! Mais c’est comme si tu te lançais dans la confection d’un gâteau sans savoir que c’est la chaleur du four qui va le faire cuire. Et il ne faut pas être chef cuisinier pour savoir ça.

J'ai créé ce blog en 2009 pour parler de mes découvertes et de tout ce qui m'émerveillait au quotidien. Aujourd'hui je cherche à partager mes sources d'inspiration, ainsi que mon retour d'expériences dans ma vie d'entrepreneur freelance.

7 commentaires

  1. N’est-ce pas aussi une question de génération ? Je suis développeur par passion et j’ai commencé à m’y intéresser à l’âge de 14/15 ans, ce qui est relativement jeune, et pourtant les générations qui me suivent commencent encore plus tôt !

    Après, même si je suis tout à fait d’accord avec toi (il faut toujours essayer de comprendre un minimum), il faut aussi replacer les choses dans leur contexte. Tu étais dans une formation, et c’est abbérant que l’on ne vous donne pas les bases, puisque le but est que vous sachiez créer et gérer un site Web !

    En revanche si un quadragénaire veut se mettre au e-commerce parce qu’il a un savoir faire artisanal (par exemple), le fait de comprendre le principe du html/css n’a que peu d’intérêt pour lui. Son but n’est pas de gérer le site mais son commerce et c’est là que se situe la différence selon moi.
    (D’où l’intérêt d’outils WISWIG d’ailleurs).

  2. Une question de temps, de patience, d’exigences, de maîtrise du produit … tout cela au moins joue sur la question : « ais-je envie de voir comment ça fonctionne ? » ; et c’est valable pour le code comme pour la fabrication de n’importe quelle bricole.

    Je suis partisan du « j’utilise- je comprend » généralement mais c’est vrai que parfois on n’a vraiment pas la motivation pour se pencher dessus …

    Par contre ton titre est un peu … abusé ^^
    Tu aurais pu parler de solution comme Wix ou ouvrir un peu plus … le coup du WYSIWYG ça fait longtemps que l’on s’en sert et le code n’est pas mort pour autant. En revanche les solutions comme WIX voir même Tumblr ù l’utilisateur ne comprend strictement rien de ce qui se passe en arrière-plan là ça ouvre à des inquiétudes, à des scissions entre blogueurs « développeur » et « non-dev ».

  3. J’ai commencé à m’intéresser ne serait-ce qu’au CSS avec mon tout premier blog sur overblog… J’ai ensuite tâté du WordPress (avec un autre blog que l’actuel), pataugé dans la semoule, crié au secours sur les forums, fait des erreurs, corrigé mes erreurs… Et j’aime comprendre !

    Je ne suis pas développeuse et je manque de temps pour me pencher sur le truc… Mais sur mes pages html wordpress, j’arrive à peu près à comprendre ce qui fait quoi…

    Super idée ce nouvel outil ! Mais faire bêtement… sans comprendre ce que l’outil génère, bien… non ! En tout cas pas sans quelques bases comme tu le soulignes.

    Ceci dit, il peut aussi servir à apprendre pour les plus curieux ?

  4. Bravo pour cette note ! En effet le code n’est pas mort et restera utile à tous ceux et à toutes celles qui veulent creuser les choses.

    LaTeX est le bon exemple : il y a des cas où c’est indispensable. Et pas quand on a 12 équations à mettre par page ! Quand on veut rédiger un document de plus de 50 pages, un « projet » géré sous LaTeX est quand même plu souple qu’un document de traitement de textes…

    Ce n’est pas la fin du code, c’est juste une question de démocratisation des outils… un peu comme en automobile : au début du XXeme siècle pour passer son permis il fallait savoir faire une vidange… maintenant ce n’est plus nécessaire…

    ;-))

  5. @Francois:

    L’analogie pourrait bien être pertinente. Mais je n’ai vraiment pas envie de voir nos outils informatiques devenir aussi pénibles à bidouiller que les voitures récentes.

    « Ah vous voulez mettre une image là ? Ben faut changer tout le CMS ! »

    Bon, cela dit, je n’ai pas l’impression que l’on aille dans ce sens, au contraire :-) Les nouveaux outils facilitent la vie du développeur, mais n’empêchent pas l’écriture de code « à l’ancienne », et c’est très bien comme ça.

  6. C’est marrant parce que j’ai appris (enfin apprendre est un bien grand mot) le HTML en 1997, et je me suis dit un nombre incalculable de fois : il faudrait que j’apprenne à me servir de Dreamweaver je gagnerais du temps !
    J’ai fini par prendre un cours en 2001 et vu la bouse infâme qui était générée coté code à l’époque j’ai rangé définitivement le bouzin !

    La réactivation de ces qq connaissances quand j’ai lancé mon blog WordPress a définitivement éloigné de moi toute envie de passer par un éditeur WYSIWYG pour créer un site, et je me suis penché plus sérieusement sur les CMS et autres Frameworks (ouhla les noms barbaaaaares).

    Par contre mes quelques bidouilles avec SWiSH (www.swishzone.com) étaient très prometteuses quoique limitées à l’époque.
    Pour un minisite donc l’approche peut être intéressante, et je vais aller jeter un oeil sur Adobe Flash Catalyst de ce pas :)

    En résumé un truc assisté en Flash ca peut être top, pour un site web de quelques pages c’est bien aussi, pour un truc dynamique je suis beaucoup plus perplexe ;)

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *