Nouveau chapitre pour « la mémoire »

Vous avez sûrement remarqué cette masse de témoignages de Cambodgiens qui ont survécu au Génocide des Khmers Rouges. Tout ça parce que le procès de Douch a enfin commencé. Oui c’est bien qu’on en parle beaucoup, mais j’ai forcément quelques commentaires à faire.

Petite revue de presse

On commence par la liste des articles parus aujourd’hui pour ça. Vous noterez qu’il s’agit à chaque fois d’un témoignage d’un survivant. Le Monde sort du lot en prenant pour angle les arguments que prend l’accusé pour se défendre, le Parisien fait un compte-rendu du procès.

C’est quoi être victime ?

J’aimerais revenir un peu sur cette notion. Est-ce qu’on est aussi une victime si on est survivant ? C’est une vraie question que je me pose, je ne veux jeter de pierre à personne. Concernant les événements qui ont eu lieu au Cambodge sous le régime des Khmers Rouges, ce qui peut être intéressant à analyser c’est qu’il s’agit de quelque chose de quand même très récent.

Il y a 30 ans, c’est-à-dire de la génération de mes parents, il y a eu une prise de pouvoir dans un pays de l’Asie du Sud-Est. Le régime à ce moment était marxiste et pour n’avoir aucune opposition, il a été mis en oeuvre l’extermination de tout ce qui pouvait ressembler à une élite intellectuelle. Ce qui est plutôt logique au final car si on veut que tout le monde soit d’accord, il suffit de jeter toutes les personnes qui pourraient avoir les clés afin de s’opposer au pouvoir en place. L’opération fut plutôt réussie puisque 2 Millions de Cambodgiens (un quart de la population) a été tuée… par d’autres Cambodgiens. Un véritable génocide fratricide. Ici il n’y a même pas de petite histoire de conflit ethnique ou quoi que ce soit de ce genre.

Mais si on a survécu, est-ce qu’on peut se dire qu’on est une victime ? On l’est sûrement car cela a influencé les vies des concernés. Par exemple il a fallu pour beaucoup partir en Europe ou dans tout autre pays qui acceptait d’accueillir un raz de marée de réfugiés cambodgiens. Ceux qui ont fuit peuvent témoigner. Mais leurs enfants ?

Quand les personnes issues de l’immigration peuvent être « trop » bien intégrés.

J’ai l’impression que la génération qui suit celle des « survivants », celle des enfants d’immigrés, ne se soucient pas vraiment de ça. On est très bien intégrés dans la société française, voir trop intégrés. La faute à l’éducation ? C’est vrai qu’il est plus facile de se sentir concernée par la 2nde guerre mondiale et l’occupation allemande en France lorsqu’on a tout un chapitre dessus au lycée. Alors que le cas du Cambodge… on en parle un peu pour la décolonisation de l’Indochine, puis à la limite une double-page dans le manuel d’histoire au sujet des Khmers Rouges. Mais ça reste tellement évasif.

Ca s’est vraiment passé ? Non je ne fais pas de négationnisme, je sais que 2 millions de Cambodgiens sont morts et comment. Mais ça paraît tellement loin, tellement flou. Il y a des commémorations tous les ans organisés par la communauté khmere en France, et pourtant…

On connaît, on sait, mais il n’y a pas vraiment de reconnaissance à mon avis.

Peut-être qu’après la fin des procès des hauts cadres du régime Khmer Rouge, on pourra en parler en se disant « oui c’est arrivé, oui c’est affreux ». Le Rwanda c’était en 1994, beaucoup plus récent, et bizarrement je trouve qu’on en parle vraiment beaucoup plus. Comme si c’était plus grave, plus vivant.

Il n’y a pas différents niveaux d’horreur.

J'ai créé ce blog en 2009 pour parler de mes découvertes et de tout ce qui m'émerveillait au quotidien. Aujourd'hui je cherche à partager mes sources d'inspiration, ainsi que mon retour d'expériences dans ma vie d'entrepreneur freelance.

2 commentaires

  1. On a l’impression qu’on parle plus du Rwanda parce que on se souviens de ça, je me rappelle encore des rivières débordants de cadavres … et pourtant à l’époque tout n’était pas rose chez moi non plus. Ou c’est peut être pour ça que j’ai été plus sensible au Rwanda, à la Bosnie et à la guerre du Golf :/

  2. En même temps le Rwanda comme tous les conflits depuis 1990 ont été couverts (plus ou moins) par les médias. Le chapitre khmers rouges, il a fallut un moment pour que le reste du monde y croit alors que les génocides étaient en cours, des camps/mouroir/prisons (googlisez S21 si vous voulez un exemples) montés …
    La France ne voulait pas voir ces dirigeants (Pol Pot et sa clique) directement formée au partis communistes français comme pouvant être coupable de telles atrocités. Ne parlons même pas du fait que le traumatisme des 2 guerres mondiales et les problèmes en Algérie était beaucoup plus concrets pour le français, que les ~démêlés d’asiatiques dans leurs jungles à l’autre bout de la planète ~(c’est cru, mais il ne faut pas se voiler la face non plus).

    Un très bon livre sur ce sujet : Cambodge année zéro, par François Ponchaud (un type passionnant et toujours à l’esprit vif et engagé !)

    Pour ce qui est de l’intégration c’est une question très délicate.
    Si tu es sur Nantes, tu peux trouver à la BU Sciences-Humaine (Tertre) une thèse rédigée par une étudiante en sociologie sur l’intégration de la communauté khmer. N’en faisant pas parti j’ai trouvé cette lecture extrêmement intéressante, mais le côté analytique (qui n’est pas un jugement de valeur !!!) peu être perturbant pour quelqu’un au sein même de ces communautés.

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