Il vaut mieux être une femme dans un milieu geek, et ce n’est pas forcément flatteur

Il n’est pas neuf de se dire que le milieu de l’informatique et des technologies numériques dans sa globalité soit un lieu où la misogynie serait particulièrement d’usage. Depuis quelques temps, j’ai le sentiment de voir un regain pour ce débat. Le mariage pour tous, la parité, le sexisme, le féminisme, sont autant de réflexion autour du genre. Le féminin et le masculin sont bien entendu différents et la construction de ces figures se fait par rapport à de multiples facteurs qu’un anthropologue sera mieux placé à expliquer.

Les communications actuelles sont de plus en plus numériques, et j’ai presque honte d’écrire cette phrase tant cela paraît évident. En revanche, prendre en compte ce fait permet éventuellement de trouver une piste pouvant expliquer ce regain d’intérêt pour la fameuse histoire du sexisme dans les milieux virtuels, numériques, informatiques.

C’est un débat que je suis de loin sans m’y attarder car la plupart des personnes qui s’y aventurent sont le plus souvent ceux qui n’écoutent pas. Pourtant, en tant que personne dite de la génération Y et bercée très tôt dans des mondes virtuels au sein du réseaux des réseaux (dixit Dominique Cardon dans La démocratie Internet : Promesses et limites), je me suis demandée si je m’étais sentie au moins une fois agressée ou considérée à part pour la seule et simple raison d’être du sexe féminin.

15 ans, adolescente, je m’inscris sur un forum de jeu de rôle dédié à l’univers de Star Wars. C’était un jeu entièrement basé sur l’écriture, nous jouions des personnages fictifs qui évoluaient dans l’univers de l’Ancienne République. Jouant un personnage féminin, et ne me cachant pas, tout s’est très bien passé. L’accueil est même tout à fait positif car il est toujours apprécié d’avoir de réelles filles plutôt que des garçons se faisant passer pour des filles pour les besoins du scénario. Nos avatars étaient en effet très attachés aux personnages et les deux fusionnaient pour que nous incarnions nos identités virtuelles. Une section du forum étant consacrée aux discussions annexes hors du jeu et c’est là que nous apprenions à nous connaître.

Ma présentation sur le forum du chan IRC #starwars.
Ma présentation sur le forum du chan IRC #starwars.

Un des sites de référence était l’Holonet et son forum était Le Cercle des Étoiles. Sur ce dernier j’avais entamé une discussion intitulée « Les filles et Star Wars » pour recenser et comprendre. Les discussions avaient toujours été positives, il n’a jamais s’agit d’exclusion. Je pense que cette introduction dans une communauté virtuelle n’aurait pu être meilleure que dans la sphère Star Wars. En effet, la communauté de fans est sans doute celle dans laquelle on pourra facilement sans être jugé car le seul critère d’entrée est d’avoir un centre d’intérêt en commun. La compétence ou le taux de connaissance des personnages de l’univers étendu n’est pas un prétexte à noter des personnes. C’est même plutôt l’inverse puisque la communauté ne va jamais cesser de conseiller d’autres ressources pour aller plus loin dans la passion.

Être une femme est déterminant dans le geek test
Être une femme est déterminant dans le geek test

L’accueil des femmes y est bon, car un élément féminin fait souvent figure d’exception. Il y en a peu, elles sont peu nombreuses à s’intéresser et à participer au sein des communautés, pourquoi les rejeter ? Là où je donne raison aux propos féministes accusant les milieux dits geeks d’être malades, c’est qu’il est vrai qu’on n’arrive pas en terrain neutre. On sait très bien qu’en arrivant sur un site, un forum, un lieu de jeu en ligne, on sera identifié en tant que femme en plus qu’en tant que participant. Ce sera une étiquette supplémentaire alors que « participant » aurait pu suffir.

Ensuite il y a eu IRC que je fréquente toujours, découvrant de plus en plus de salons de discussions, je commence à découvrir le monde des passionnés en informatique et notamment la sphère du logiciel libre grâce à la communauté PC INpact.

Qu’une personne de sexe féminin s’intéresse à des domaines dits masculin est toujours apprécié. Les bonshommes sont bien heureux de donner un coup de main à cette jeune fille ayant cassé son xorg.conf à la suite d’une manipulation hasardeuse. Elle est alors confrontée aux débats entre les chèrs amis geeks qui vont se battre pour conseiller plutôt Vi ou gedit ou encore nano. C’est fantastique d’avoir une armée de chevalier servants.

Le pire accueil que j’ai pu recevoir dans ces communautés a sans doute été celui fait par les femmes. J’appelle cela le syndrome du harem. Comme dit plus haut, avec une majorité d’hommes, la femme est une exception, précieuse, elle retient toutes les attentions. Or dès qu’une autre fille se pointe, cette personne au début sympathique devient alors une sorte de rivale là où la rivalité n’existe pas. Mais vous allez me dire que c’est aussi parce que je suis incapable de me défendre.

En 2009, je suis entrée dans le comité d’organisation des Rencontres Mondiales du Logiciel Libre. Il y avait alors un groupe qui voulait valoriser les compétences féminines dans cette sphère principalement composée d’hommes. J’ai le très mauvais souvenir de leur intention d’organiser des conférences de vulgarisation à destination d’un public féminin (pourquoi pas) mais en interdisant la présence des hommes. À l’époque je ne disais pas encore WTF mais ma pensée équivalait tout à fait cette expression. Je crois que ce fut la première fois que j’avais à… discuter ? avec des personnes tout à fait extrémistes. Il s’agissait non pas de faire valoir son potentiel au sein d’une communauté mais plutôt de l’écraser avec une vision tout à fait conquérante.

Mais pour écrire assez franchement, avoir une paire de seins est un avantage qui vaut tout l’or du monde. Il suffit de ne pas être trop moche et de ne pas dire trop de bêtises pour obtenir un peu de considération. En y mettant du sien, on monte très vite en compétence car tous ces messieurs seront là pour donner leurs meilleurs conseils. La fille étant réputée comme peu douée dans ces domaines, les explications seront souvent progressives tandis que la communauté pourra n’avoir aucune pitié avec un arrivant à lunettes et boutonneux qui cherche à installer sa première Debian.
La femme aura une marge d’erreur beaucoup plus importante. J’insiste néanmoins sur le fait qu’il faut tout de même y mettre du sien, car lorsqu’on est une garce cela finit très vite par se voir.

Major Geek !
Major Geek !

Alors si la communauté geek est sexiste, je ne sais pas. Je sais juste qu’elle essaie tant bien que mal de se défendre, que les évangélistes ne sont pas toujours très doués, et qu’il y a des cons partout. Pour évoluer dans cette sphère, ma solution a toujours été de savoir ce que je sais – pour ne pas me faire marcher sur les pieds – et de surtout savoir ce que je ne sais pas pour ne pas devenir une connasse qui veut interdir les hommes dans les conférences.
Ce milieu est comme tous les autres, s’insérer dans une communauté lorsqu’on fait exception (ici en tant que femme) n’est forcément pas évident. Il faut y mettre du sien, et effectivement on tombera toujours sur des idiots ou de véritables sexistes. Lorsque c’est le cas, ne criez pas au loup car vous allez perdre en crédibilité, mais faîtes lui bien comprendre ce que vous pouvez valoir aussi et cela lui fera une vraie leçon.

J'ai créé ce blog en 2009 pour parler de mes découvertes et de tout ce qui m'émerveillait au quotidien. Aujourd'hui je cherche à partager mes sources d'inspiration, ainsi que mon retour d'expériences dans ma vie d'entrepreneur freelance.

4 commentaires

  1. C’est cool d’avoir de trouver des points de vue différents de Mard_lar, non pas que ce qu’elle dit soit faux mais ça donne un contre-poids intéressant.

    Merci pour ce billet je partage.

  2. Très bon; j’ai travaillé quelques années chez Blizzard en Irlande et c’était un peu la même ambiance avec 3 filles pour 10 mecs…

  3. J’ai fait 13,25% au geek test ! Ça confirme bien ce que je pense : être geek, ça se mérite mais j’y suis pas encore : -). Dommage, je ne me rappelle du score réalisé la première fois où j’avais essayé ce test.

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